1939 – 1945 :« les boches » arrivent, les » boches » sont là

 

 

Par une série d'indices régionaux et locaux, on percevait l'imminence du conflit.

Ainsi le radio émetteur d'Allouis, près de Bourges, donc loin des frontières, entre en activité dés 1938, avant d 'être inauguré en octobre1939.Ainsi des masques à gaz sont distribués aux fonctionnaires devant rester à leur poste.

 

Ainsi le service de l'intendance des armées a acheté de grandes quantités de haricots grains secs, a vidé greniers et hangars de ces paquets d'âge respectable, que des générations de charançons avaient minés, et rendus plus digestes affirmait-on !

Par les journaux, la radio, le bouche à oreille, on suivait l’actualité.

 

Les hommes jeunes étaient mobilisés, partis, puis prisonniers pour 4 à 5 ans. Les moins jeunes, encore concernés par l’armée ont été requis pour conduire les chevaux réquisitionnés sur Bourges.

 

 

 

Un doute sur les capacités de l’armée française a surgi, quand les troupes venant du grand sud-ouest en route pour l’Est par le pont de Loire Beaulieu-Bonny se sont égarées et ont fait demi-tour à Belleville, hors période de combat, en territoire national….

L’armée française en repli a détruit les ponts sur la Loire et localement sur le canal. Quel est l’intérêt stratégique de cette  dernière action ? C’est digne de la 7° compagnie « le fil rouge sur le bouton rouge, le fil vert…… » La charge d’explosif manifestement excessive a certes détruit le pont du bourg mais a aussi soufflé les vitraux de l’église et combien de fenêtres  de particuliers ?

 

Juin 40, bombardement aérien allemand sur Gien  et sur les dépôts d’essence de Léré , les témoignages divergent, bombardement hors cible, suivi par un mitraillage efficace ?

Exode de Bellevillois vers le Bois de l’Atre, réflexe ancestral  de recherche de la sécurité dans la profonde forêt protectrice ?

Au retour, les « boches » sont installés dans les maisons vidées, se lavent nus au canal, creusent des feuillées dans le terrain de la cure, campent rue des écoles…

 

Une anecdote, un Bellevillois contraint de passer la nuit dans son grenier, a été tenu éveillé par le couinement de la cannelle en bas, dans le cellier, les soldats manœuvraient le robinet de son tonneau en perce pour boire son vin !

Dans un second temps, le quotidien reprend le dessus, attente des nouvelles de la guerre, des prisonniers, restrictions diverses, tickets de rationnement, marché noir, et délation au-prés de la kommandantur, un cas isolé.

 

La personne concernée que je désignerais par X, au cas fort peu probable où X aurait  encore localement de la famille, ignorait que le courrier destiné aux allemands était détourné par des facteurs et lu par les résistants. Il a été trahi par son écriture !

Deux hommes ont été désignés pour l'abattre. Le maire de l'époque, monsieur Pinon, informé, leur a dit en substance : je vous comprends, mais pensez au nombre d'orphelins que vous laisserez...Ces sages paroles, empruntes d'humanité ont été entendues, X n'a pas été abattu.

Un jour, X est revenu au village  et a croisé le sympathique Romain Breuzé, garde champêtre, et lui tint à peu prés ce langage : Bonjour Romain, que fais-tu ? Tu vois, je conduis une brouette de fumier vers mon jardin, si tu veux il y a une place pour toi !!! sacré Romain.

Il ne faut pas oublier quelques perquisitions nocturnes de l'envahisseur.

A noter, plus tard,  en 43, le très bon accueil des «  réfractaires au Service  du Travail Obligatoire « Les habitants, en échange d’une aide à la ferme, ont offert table et couvert à ces hommes de vingt ans recherchés par l’occupant pour intégrer le S.T.O. et participer à l’industrie de guerre en Allemagne. L’un d’entre eux a fait souche.

 

 

A l’époque, les gendarmes de Léré  avaient contrôlé ces réfractaires et leur avaient dit en substance : on ne vous connaît pas, on ne vous a jamais vus, mais un conseil, soyez discrets…..belle réaction. Un autre homme les a aidés, monsieur Vacher, l’époux d’une future maire, fonctionnaire en poste à Vichy, leur a fait parvenir de vrais faux papiers, merci.

A signaler, une activité de résistance, la réception d’armes parachutées dans le val, convoyage vers les coteaux par le pont de la Rue, ou ce qui en faisait fonction. Et encore, le 17 juillet 1944, le mitraillage aérien d’un train allemand sur Neuvy , les pilotes, lors de leur demi-tour pour se repositionner, répondaient par un signe de la main aux habitants des Germains montés sur le toit des maisons,  agitant le drapeau tricolore.

 

Durant l'été 1944, Neuvy a subi 3 bombardements alliés destinés à détruire la voie ferrée empruntée par les allemands en repli,  bilan 130 morts civils. Des bellevillois ont passé la Loire pour rencontrer leurs proches, réunir les membres de leur famille, au sens propre, anatomique !

Un train chargé de machines outils pillées a été immobilisé. On raconte que l'on a fait traverser la Loire à un tour qui serait encore dans le village...??? Il y a prescription !

Quelques bombes sont tombées à proximité de la ferme de la Grande Glas. En 1945, deux démineurs interviennent pour les neutraliser, ils échouèrent et périrent dans l'explosion.

 

Une anecdote plaisante, dans cette période noire, c’était à Léré, mais elle a été racontée à des bellevillois…En sortant de la poste, mon
père voulais acheter une bouteille de bon vin, il avise à proximité une épicerie, celle de Marcel Cherrier, présentant en vitrine un vaste choix. Il en désigne une, l’épicier lui dit non pas celle- là, c’est du vin pour les boches…et d’expliquer, qu’un jour des soldats allemands, sous la menace de leurs armes avaient volé toutes les bouteilles exposées, remplies d’eau colorée, car monsieur, moi, je ne conserve pas le vin en plein soleil, derrière une vitre, j'ai une cave !

 

Quelques années plus tard, un homme a nommé son cheval Adolphe, non par nostalgie, mais par provocation, heureusement, la bête n’en a pas pris ombrage !

Enfin, pendant la crise de Suez en 1956, les réflexes de stockage de sucre, riz, pâtes, huile, farine, savon….sont revenus.