Mis à part le bois de l’Atre, notre village n’est pas marqué par la forêt, ici et là quelques taillis, des tailles, à révolution courte, plus ou moins 20 ans, incluant parfois de rares arbres dignes d’une futaie. A noter également l’absence de plantation d’alignement pour accompagner les routes, ainsi que celle de conifères.

Remarquons que le Bois de l'Atre est implanté sur une zone désignée par “Crs” sur la carte géologique 1/50 000, feuille de Léré. Cela correspond à des terres réunissant silex et argiles, “facilement détrempées en hiver, trés dures par dessication [en été] et peu fertiles”. C'est une réalité trés classique que d'abandonner de telles surfaces de sol au boisement.

 

Pourtant le bois occupait la population une partie de l’hiver. Souvent, les personnes qui ne possédaient pas de bois à exploiter, proposaient à un propriétaire d'effectuer la totalité du travail, en échange de la moitié du bois coupé et stéré.

 

Ainsi, on exploitait les taillis déjà cités et la production du bocage. Là, l’objectif était double, restaurer les haies et récupérer le maximum de bois utile ultérieurement.

 

 

Périodiquement il fallait entretenir les haies, limiter leur développement latéral et en hauteur au détriment des cultures. Les ronces se marcottent facilement par leur extrémité, les ronciers s’étalent, les épines noires drageonnent et gagnent sur la terre à usage agricole. Avec le croissant (= volant) et la serpe (=gouet) on coupe les parties en excès de tous les végétaux présents.

 

Souvent pour obturer les vides, on plessait. On entaillait à la serpe une longue pousse  de manière à préserver une charnière, la branche ainsi préparée, basculée à l’horizontale et coincée entre d’autres pousses restait vivante, se ramifiait dès le printemps, interdisant le passage des bestiaux désireux de rentrer ou de sortir de la parcelle enclose. Selon les cas, 2 voire 3 branches barraient le passage entre le sol et le garrot des bovins, des chevaux.

 

En l’absence de pousse adaptée, on tressait des branches, épineuses de préférence, mais totalement coupées, mortes, sèches, entre des piquets improvisés. L’obstacle créé restait efficace quelques années, souvent assez longtemps pour que les arbustes voisins envahissent l’assemblage inerte ou pour que des graines apportées par le vent, les oiseaux, la fourrure, la toison des animaux, se développent.

Notons que les épareuses, lamiers et autres rogneuses utilisées aujourd'hui conservent la silhouette de la haie, mais à l'évidence ne peuvent pas développer de longues pousses horizontales!

 

Une haie bien contrôlée signait, le savoir faire de l'agriculteur, entraînait sa reconnaissance sociale, mais aussi afichait un marquage juridique de la propriété, et créait un type de paysage, le bocage, sans compter les avantages techniques, écologiques multiples, âprement et heureusement défendus depuis quelques décennies. Remercions Dominique Solter d'avoir publié en faveur des haies et brise-vents. Rappelons que les haies locales ont été plantées, qu'il ne s'agit pas de vestiges d'un antique boisement généralisé.

 

Souvenons-nous que les fils à ronces = barbelés n’ont été accessibles qu’après la fin de la guerre 14/18, par la vente des surplus militaires. Et encore, ils l'étaient, loin, et par lots de 5000kg (5T). Seuls quelques fortunés, pouvaient les acheter, les manipuler, les diviser en parts accessibles aux petits propriétaires et les revendre à bon prix. Il en sera de même pour les fils lisses utisés pour accoler la vigne, nous le verrons.

 

Pour ce qui est des arbres, les fruitiers, si nécessaire étaient élagués, sommairement taillés mais préservés. Par contre les autres arbres, chênes, ormes, saules, conduits en têtards, avec un tronc de 3 mètres,  étaient  débarrassés de toutes leurs branches.

 

Celles-ci une fois au sol étaient privées de toutes leurs ramifications, de leurs rameaux, alors assemblés en fagots, rarement brûlés avec les épineux.

Les bois plus gros que le poignet pouvaient être débités en tronçons de 1m pour constituer des stères (1m3), puis des cordes de 4 stères. Parfois, ils étaient conservés en entier pour être ultérieurement transformés.

Bien des branches, au cours de la coupe étaient retenues pour devenir des manches d’outils, droits, incurvés pour les houes, coudés à 90° pour les faux, plantoirs, et cannes !

 

Parfois, un têtard séchait, il était scié à la base au passe partout, une longue  lame, une poignée à chaque extrémité, un homme tirait, son compagnon presque sans pousser accompagnait le mouvement, en fin de course, c’était à lui de tirer…et vive la tronçonneuse, qui a permis bien des excès.

 

 

La difficulté était d’exploiter la tête, un entrelacs serré de fibres né des anciens départs de branches .Un bellevillois, ancien de 14-18, préférait creuser un trou à la tarière, le garnir  d’un explosif fait maison et d’une mèche….

Le temps de s’abriter  et « boum » la tête exposait ses morceaux, ceux qui ne pouvaient pas entrer dans la cuisinière étaient réservés à la gueule du foyer de  l’alambic, ce qui diminuait le coût de la distillation.

 

A noter que l’élagage avait parfois lieu en pleine végétation, pour alimenter les bêtes quand l’herbe est rare et sèche. Les arbres fourragers reconnus sont les ormes, les frênes, leurs branches feuillées étant immédiatement distribuées.

 

Un cas particulier est celui  des   peupliers plantés en rive du riau, puisque élagués en été pour favoriser la formation d’une belle bille, sans nœuds. Les branches fanées, récupérées, mises à sécher, conservées au sec, distribuées en hiver étaient désignées sous le nom de feuillards, les chèvres en raffolaient, ne laissant que le bois nu, écorcé.

 

Une fois ces travaux de bûcheronnage, taille, élagage terminés, on procédait au nettoyage du chantier, puis au brûlage du bois non retenu. Rapidement le centre partait en fumée, avant de quitter les lieux, les parties périphériques intactes étaient remontées.

 

Mais, faute de revenir le lendemain pour achever la combustion, au sol, on observait une magnifique couronne rayonnante de bois sombre partiellement carbonisé et au centre, un beau disque de cendre gris clair. Si au printemps de modestes fleurs comme celles des pissenlits s’épanouissaient à proximité, c’était du land-art avant la lettre !

 

Localement, à partir du bocage, on ne fabriquait pas de charbon de bois, mais, parfois, dans les tailles les charbonniers œuvraient, puisqu'un habitant a déclaré exercer cette profession lors d'un recensement. Ce charbon de bois servait à chauffer les aliments, plus tard l'emploi du gaz en bombonnes se taillera un franc succès. Bien sûr, par temps froid, c'est le feu de la cheminée, de la cuisinière, qui assure sa double fonction.

 

Dans les années 1960, parfois, des gens modestes demandaient à un voisin de prélever une pelletée de braises incandescentes pour réchauffer leur brouet !

 

Tout ce bois conservé était laissé à sécher sur place et transporté à la ferme après la moisson, les chemins sont alors plus praticables, à cette occasion, les sarments de vigne, bottelés étaient embarqués, mais gare aux vipères réfugiées là.

 

L’usage premier de ce bois était le feu, cuisson des aliments et chauffage. La cendre soigneusement récupérée devenait un produit lessiviel grâce à la présence de soude, mais seulement si le tanin était absent, ce qui exclue le chêne et le châtaignier.

C'était aussi une tueuse de la mousse installée sur les ceps de vigne, un fertilisant pour le potager.

L’usage second était la transformation par des professionnels, charron, menuisier, charpentier, sabotier…mais dans chaque famille on bricolait des réalisations simples, piquets, pieux, tuteurs, échelles, barrières, voire des outils, rayonneurs, fourches, râteaux à foin...

 

Une histoire a longtemps couru dans le village et certainement dans d'autres. C'était celle d'un cultivateur qui avait appris le métier de charron. Pendant l'hiver dans une étable vide, il avait construit et assemblé la caisse complète d'un tombereau.

L'ouvrage terminé,  il se proposait de la poser sur l'essieu réunissant les deux roues qui lui avaient été livrés dans la cour. Mais il lui fallait passer par la porte étroite, mission  impossible... !

 

Si aujourd’hui les fournisseurs offrent un vaste choix de bois scié rectiligne, quelque fois gauchi sans plus, ce n’était pas le cas avant. Il fallait tout le talent des artisans pour valoriser le bois tors .

C’est lui qui fait le charme des anciens colombages, des charpentes séculaires. En respectant le fil du bois, la disposition naturelle des fibres, les pièces résistent très bien aux déformations. Cette qualité a été ré-exploitée par les charpentiers de marine de Rochefort, pour construire les membrures de la nouvelle Hermione, la réplique du bateau de La Fayette, lancé en 2012 !

 

Encore aujourd’hui, couper du bois en hiver pour le brûler lors des hivers suivants, réchauffe quelques personnes !

 

*Traiter de l’exploitation locale du bois sans mentionner la vannerie ne serait pas sérieux.

Essentiellement à partir de diverses espèces de saule (Salix), osier, verdiaux de

Loire, étaient fabriqués une multitude d’objets de la vie courante, paniers, resses (panier allongé à porter à deux), hottes, ruches, mues (cage hémisphérique, posée sur le sol, destinée à protéger la poule et ses poussins contre les oiseaux carnivores, corvidés  et rapaces ), cloisons de bâtiments, claies….Ces productions domestiques concurrençaient celles des romanichels qui effectuaient des tentatives de vente porte à porte.

 

Pour leur souplesse, les rameaux torsadés  de chêne, orme, noisetier devenaient des liens, pour lier les fagots, ainsi que les rauches (sorte de roseau) et le jonc, essentiellement pour accoler la vigne.

 

Les balais utilisés pour la maison et les dépendances, étaient obtenus par la réunion de pousses de bouleau ou de genêts en faisceaux, dans lesquels on piquait un manche.

 

Pour rester dans le secteur du bois, signalons la plantation dans le val, d’une collection de peupliers noirs spontanés. Sage précaution que d’avoir établi cette banque de gènes où puiser afin de créer de futurs hybrides pour répondre à une demande à venir.

 

*La campagne recelait d’autres trésors, de l’herbe pour les lapins, des plantes pour l’alimentation humaine, pissenlits, serpolet pour parfumer le boudin, champignons variés puis qu’inféodés aux divers biotopes, (ombre, lumière, sécheresse, humidité...) cresson, prunelles, merises, nèfles…et des plantes médicinales à prélever avec discernement !

 

*Enfin, chaque habitation disposait d'un jardin potager occupé par les légumes, quelques simples, des aromatiques, parfois des fleurs, vaste ou au contraire réduit car complété par des cultures de plein champ ( pommes de terre, haricots grains, carottes...) L'autonomie passait par une maîtrise complète du cycle végétatif des plantes, récolte, conservation, tri des semences, semis protégés, mise en terre, soins culturaux, récolte...

 

On ne voit plus des légumes, poireaux, oignons, salades, radis, laissés monter à graine,avant d'être suspendus sous l'avancée du toit, protégés par un cornet de papier journal, ballottés par le vent, convoités par les oiseaux... Il est vrai qu'acheter un plant prêt à planter simplifie la vie !

On ne voit plus les épouvantails théoriquement destinés à repousser les oiseaux.

 

Les progrès de l'agriculture doivent beaucoup à la création des comices agricoles, tel celui du canton  de Léré dés 1850. Leur objectif était de «  combattre partout où ils les rencontrent, l'ignorance et la routine... », en récompensant les agriculteurs performants. Mais l'activité de polyculture-élevage était préservée, dans un souci de sécurité, d'autonomie, en tablant sur plusieurs productions.

 

Ce territoire assurait non pas une autarcie véritable, mais une grande autonomie alimentaire quotidienne. Aujourd'hui, pour secourir les familles en difficulté, une épicerie solidaire a été ouverte.

 

Après les épreuves de la 2°guerre mondiale, ses restrictions alimentaires, les gouvernements successifs ont demandé aux  agriculteurs de nourrir la France et plus tard, d’exporter des productions agro-alimentaires.

* Mis à part le bois de l’Atre, notre village n’est pas marqué par la forêt, ici et là quelques taillis, des tailles, à révolution courte, plus ou moins 20 ans, incluant parfois de rares arbres dignes d’une futaie. A noter également l’absence de plantation d’alignement pour accompagner les routes, ainsi que celle de conifères.

Remarquons que le Bois de l'Atre est implanté sur une zone désignée par “Crs” sur la carte géologique 1/50 000, feuille de Léré. Cela correspond à des terres réunissant silex et argiles, “facilement détrempées en hiver, trés dures par dessication [en été] et peu fertiles”. C'est une réalité trés classique que d'abandonner de telles surfaces de sol au boisement.

 

Pourtant le bois occupait la population une partie de l’hiver. Souvent, les personnes qui ne possédaient pas de bois à exploiter, proposaient à un propriétaire d'effectuer la totalité du travail, en échange de la moitié du bois coupé et stéré.

 

Ainsi, on exploitait les taillis déjà cités et la production du bocage. Là, l’objectif était double, restaurer les haies et récupérer le maximum de bois utile ultérieurement.

 

 

Périodiquement il fallait entretenir les haies, limiter leur développement latéral et en hauteur au détriment des cultures. Les ronces se marcottent facilement par leur extrémité, les ronciers s’étalent, les épines noires drageonnent et gagnent sur la terre à usage agricole. Avec le croissant (= volant) et la serpe (=gouet) on coupe les parties en excès de tous les végétaux présents.

 

Souvent pour obturer les vides, on plessait. On entaillait à la serpe une longue pousse  de manière à préserver une charnière, la branche ainsi préparée, basculée à l’horizontale et coincée entre d’autres pousses restait vivante, se ramifiait dès le printemps, interdisant le passage des bestiaux désireux de rentrer ou de sortir de la parcelle enclose. Selon les cas, 2 voire 3 branches barraient le passage entre le sol et le garrot des bovins, des chevaux.

 

En l’absence de pousse adaptée, on tressait des branches, épineuses de préférence, mais totalement coupées, mortes, sèches, entre des piquets improvisés. L’obstacle créé restait efficace quelques années, souvent assez longtemps pour que les arbustes voisins envahissent l’assemblage inerte ou pour que des graines apportées par le vent, les oiseaux, la fourrure, la toison des animaux, se développent.

Notons que les épareuses, lamiers et autres rogneuses utilisées aujourd'hui conservent la silhouette de la haie, mais à l'évidence ne peuvent pas développer de longues pousses horizontales!

 

Une haie bien contrôlée signait, le savoir faire de l'agriculteur, entraînait sa reconnaissance sociale, mais aussi afichait un marquage juridique de la propriété, et créait un type de paysage, le bocage, sans compter les avantages techniques, écologiques multiples, âprement et heureusement défendus depuis quelques décennies. Remercions Dominique Solter d'avoir publié en faveur des haies et brise-vents. Rappelons que les haies locales ont été plantées, qu'il ne s'agit pas de vestiges d'un antique boisement généralisé.

 

Souvenons-nous que les fils à ronces = barbelés n’ont été accessibles qu’après la fin de la guerre 14/18, par la vente des surplus militaires. Et encore, ils l'étaient, loin, et par lots de 5000kg (5T). Seuls quelques fortunés, pouvaient les acheter, les manipuler, les diviser en parts accessibles aux petits propriétaires et les revendre à bon prix. Il en sera de même pour les fils lisses utisés pour accoler la vigne, nous le verrons.

 

Pour ce qui est des arbres, les fruitiers, si nécessaire étaient élagués, sommairement taillés mais préservés. Par contre les autres arbres, chênes, ormes, saules, conduits en têtards, avec un tronc de 3 mètres,  étaient  débarrassés de toutes leurs branches.

 

Celles-ci une fois au sol étaient privées de toutes leurs ramifications, de leurs rameaux, alors assemblés en fagots, rarement brûlés avec les épineux.

Les bois plus gros que le poignet pouvaient être débités en tronçons de 1m pour constituer des stères (1m3), puis des cordes de 4 stères. Parfois, ils étaient conservés en entier pour être ultérieurement transformés.

Bien des branches, au cours de la coupe étaient retenues pour devenir des manches d’outils, droits, incurvés pour les houes, coudés à 90° pour les faux, plantoirs, et cannes !

 

Parfois, un têtard séchait, il était scié à la base au passe partout, une longue  lame, une poignée à chaque extrémité, un homme tirait, son compagnon presque sans pousser accompagnait le mouvement, en fin de course, c’était à lui de tirer…et vive la tronçonneuse, qui a permis bien des excès.

 

 

La difficulté était d’exploiter la tête, un entrelacs serré de fibres né des anciens départs de branches .Un bellevillois, ancien de 14-18, préférait creuser un trou à la tarière, le garnir  d’un explosif fait maison et d’une mèche….

Le temps de s’abriter  et « boum » la tête exposait ses morceaux, ceux qui ne pouvaient pas entrer dans la cuisinière étaient réservés à la gueule du foyer de  l’alambic, ce qui diminuait le coût de la distillation.

 

A noter que l’élagage avait parfois lieu en pleine végétation, pour alimenter les bêtes quand l’herbe est rare et sèche. Les arbres fourragers reconnus sont les ormes, les frênes, leurs branches feuillées étant immédiatement distribuées.

 

Un cas particulier est celui  des   peupliers plantés en rive du riau, puisque élagués en été pour favoriser la formation d’une belle bille, sans nœuds. Les branches fanées, récupérées, mises à sécher, conservées au sec, distribuées en hiver étaient désignées sous le nom de feuillards, les chèvres en raffolaient, ne laissant que le bois nu, écorcé.

 

Une fois ces travaux de bûcheronnage, taille, élagage terminés, on procédait au nettoyage du chantier, puis au brûlage du bois non retenu. Rapidement le centre partait en fumée, avant de quitter les lieux, les parties périphériques intactes étaient remontées.

 

Mais, faute de revenir le lendemain pour achever la combustion, au sol, on observait une magnifique couronne rayonnante de bois sombre partiellement carbonisé et au centre, un beau disque de cendre gris clair. Si au printemps de modestes fleurs comme celles des pissenlits s’épanouissaient à proximité, c’était du land-art avant la lettre !

 

Localement, à partir du bocage, on ne fabriquait pas de charbon de bois, mais, parfois, dans les tailles les charbonniers œuvraient, puisqu'un habitant a déclaré exercer cette profession lors d'un recensement. Ce charbon de bois servait à chauffer les aliments, plus tard l'emploi du gaz en bombonnes se taillera un franc succès. Bien sûr, par temps froid, c'est le feu de la cheminée, de la cuisinière, qui assure sa double fonction.

 

Dans les années 1960, parfois, des gens modestes demandaient à un voisin de prélever une pelletée de braises incandescentes pour réchauffer leur brouet !

 

Tout ce bois conservé était laissé à sécher sur place et transporté à la ferme après la moisson, les chemins sont alors plus praticables, à cette occasion, les sarments de vigne, bottelés étaient embarqués, mais gare aux vipères réfugiées là.

 

L’usage premier de ce bois était le feu, cuisson des aliments et chauffage. La cendre soigneusement récupérée devenait un produit lessiviel grâce à la présence de soude, mais seulement si le tanin était absent, ce qui exclue le chêne et le châtaignier.

C'était aussi une tueuse de la mousse installée sur les ceps de vigne, un fertilisant pour le potager.

L’usage second était la transformation par des professionnels, charron, menuisier, charpentier, sabotier…mais dans chaque famille on bricolait des réalisations simples, piquets, pieux, tuteurs, échelles, barrières, voire des outils, rayonneurs, fourches, râteaux à foin...

 

Une histoire a longtemps couru dans le village et certainement dans d'autres. C'était celle d'un cultivateur qui avait appris le métier de charron. Pendant l'hiver dans une étable vide, il avait construit et assemblé la caisse complète d'un tombereau.

L'ouvrage terminé,  il se proposait de la poser sur l'essieu réunissant les deux roues qui lui avaient été livrés dans la cour. Mais il lui fallait passer par la porte étroite, mission  impossible... !

 

Si aujourd’hui les fournisseurs offrent un vaste choix de bois scié rectiligne, quelque fois gauchi sans plus, ce n’était pas le cas avant. Il fallait tout le talent des artisans pour valoriser le bois tors .

C’est lui qui fait le charme des anciens colombages, des charpentes séculaires. En respectant le fil du bois, la disposition naturelle des fibres, les pièces résistent très bien aux déformations. Cette qualité a été ré-exploitée par les charpentiers de marine de Rochefort, pour construire les membrures de la nouvelle Hermione, la réplique du bateau de La Fayette, lancé en 2012 !

 

Encore aujourd’hui, couper du bois en hiver pour le brûler lors des hivers suivants, réchauffe quelques personnes !

 

*Traiter de l’exploitation locale du bois sans mentionner la vannerie ne serait pas sérieux.

Essentiellement à partir de diverses espèces de saule (Salix), osier, verdiaux de

Loire, étaient fabriqués une multitude d’objets de la vie courante, paniers, resses (panier allongé à porter à deux), hottes, ruches, mues (cage hémisphérique, posée sur le sol, destinée à protéger la poule et ses poussins contre les oiseaux carnivores, corvidés  et rapaces ), cloisons de bâtiments, claies….Ces productions domestiques concurrençaient celles des romanichels qui effectuaient des tentatives de vente porte à porte.

 

Pour leur souplesse, les rameaux torsadés  de chêne, orme, noisetier devenaient des liens, pour lier les fagots, ainsi que les rauches (sorte de roseau) et le jonc, essentiellement pour accoler la vigne.

 

Les balais utilisés pour la maison et les dépendances, étaient obtenus par la réunion de pousses de bouleau ou de genêts en faisceaux, dans lesquels on piquait un manche.

 

Pour rester dans le secteur du bois, signalons la plantation dans le val, d’une collection de peupliers noirs spontanés. Sage précaution que d’avoir établi cette banque de gènes où puiser afin de créer de futurs hybrides pour répondre à une demande à venir.

 

*La campagne recelait d’autres trésors, de l’herbe pour les lapins, des plantes pour l’alimentation humaine, pissenlits, serpolet pour parfumer le boudin, champignons variés puis qu’inféodés aux divers biotopes, (ombre, lumière, sécheresse, humidité...) cresson, prunelles, merises, nèfles…et des plantes médicinales à prélever avec discernement !

 

*Enfin, chaque habitation disposait d'un jardin potager occupé par les légumes, quelques simples, des aromatiques, parfois des fleurs, vaste ou au contraire réduit car complété par des cultures de plein champ ( pommes de terre, haricots grains, carottes...) L'autonomie passait par une maîtrise complète du cycle végétatif des plantes, récolte, conservation, tri des semences, semis protégés, mise en terre, soins culturaux, récolte...

 

On ne voit plus des légumes, poireaux, oignons, salades, radis, laissés monter à graine,avant d'être suspendus sous l'avancée du toit, protégés par un cornet de papier journal, ballottés par le vent, convoités par les oiseaux... Il est vrai qu'acheter un plant prêt à planter simplifie la vie !

On ne voit plus les épouvantails théoriquement destinés à repousser les oiseaux.

 

Les progrès de l'agriculture doivent beaucoup à la création des comices agricoles, tel celui du canton  de Léré dés 1850. Leur objectif était de «  combattre partout où ils les rencontrent, l'ignorance et la routine... », en récompensant les agriculteurs performants. Mais l'activité de polyculture-élevage était préservée, dans un souci de sécurité, d'autonomie, en tablant sur plusieurs productions.

 

Ce territoire assurait non pas une autarcie véritable, mais une grande autonomie alimentaire quotidienne. Aujourd'hui, pour secourir les familles en difficulté, une épicerie solidaire a été ouverte.

 

Après les épreuves de la 2°guerre mondiale, ses restrictions alimentaires, les gouvernements successifs ont demandé aux  agricult

Pour ce faire, des décisions directes ou non ont convergé afin de répondre à cette  orientation  de grande politique. Permettre l’augmentation des surfaces cultivées par une famille, en versant une retraite aux partants âgés, remembrement des territoires et maîtrise relative de l’eau, sélection et introduction de nouvelles races animales, de variétés végétales plus performantes, fertilisation augmentée et réfléchie, établissement de parcelles de démonstration, protection des cultures par les produits phytosanitaires, motorisation et mécanisation, création  véritable de l’enseignement agricole….bref c’était donner à une grande orientation économique les moyens de réussir.

Cet arsenal de l’agriculture productiviste, justement contestée aujourd’hui pour ses excès, a provoqué à Belleville un exode rural, modifié le paysage, quelque peu réduit le bocage en place, et relégué le contenu des pages précédentes au chapitre histoire récente.