La LOIRE, continue à jouer les trouble-fêtes.

 

 

Née à 1400 m d'altitude au Mont Gerbier- de -Jonc, à 120 km de la Méditerranée, sa source jaillit à 45 km de celle de l'Allier. Elles sont approximativement situées prés  du 45° parallèle, qui traverse aussi Bordeaux et Valence.

Elle rencontre l'océan aprés Nantes et un parcours de 1012 km, uniquement en territoire français. Sa 2° section, de Roanne à Briare, mesure 270 km, dont 71 dans le Cher, environ 2 à Belleville.

 

Dans notre région, la Loire emprunte ce que les géologues nomment la faille de Sancerre.

Les articles concernant celle-ci ne sont pas rares, mais ne se recouvrent pas tout à fait. Aussi dans un souci de clarté, je me suis rapproché du Bureau de Recherches Géologiques et Minières, le B.R.G.M. d' Orléans, de messieurs Nehlig et Baptiste, pour en savoir plus.

Cette faille de type “normale”, désigne une cassure du socle du Bassin Parisien, dés avant l'intallation de la chaîne hercynienne = varisque ( -540 à -280 millions d'années ).

Les 2 compartiments nés de la rupture sont tirés dans des directions opposées.

Elle se situe entre Santranges et Savigny en Sancerre, selon une orientation Nord- Sud. A l'Est, le bloc abaissé est parcouru par diverses failles, remaniées lors de la surrection des Pyrénées puis des Alpes, l'une d'elles est empruntée par la Loire.

 

Par ailleurs, des articles signalent que cet emplacement,était déjà visité au primaire par ” un précurseur de Loire” qui évacuait des eaux du Massif Central et s’écoulait par la Seine via l’actuelle vallée du Loing. Cette vision des choses ne fait pas l'unanimité parmi les géologues.

 

Depuis le Massif Central, grossi par l’Allier, le fleuve titanesque, déstabilisant les roches des montagnes, les brisant menu, roulant jar (= jard = jarre ! = cailloux), graviers, sables, limons, particules en suspension, substances dissoutes, responsables de la turbidité et aussi  charriant quelques énormes blocs erratiques portés par des

 

radeaux de glace, a occupé les 4 km de l’effondrement entre le Prieuré de Belleville et Neuvy. Les alluvions ont donc surmonté les dépôts plus anciens du Crétacé et du Jurassique.  Figurant sur l'ancien cadastre, le lieux dit les Perrières, pourrait trouver l'origine de son nom dans une accumulation de telles roches.

 

L'Allier râcle des débordements volcaniques, la Loire rabote le granite.

Naturellement, lorsque le courant est puissant il déplace les cailloux, puis quand il se calme les graviers se déposent, précédant les sables grossiers puis fins, avant de céder la place aux limons pour napper la sédimentation. Cette vision théorique est fondée , mais régulièrement perturbée par le flot de ce fleuve fantasque en son lit mobile.

 

Notre dernière période géologique, le quaternaire, a connu de grandes variations climatiques ; des périodes tempérées voire chaudes alternent avec des périodes froides, glaciaires. Aujourd'hui, tertiaire et quaternaire, sont réunis dans le Cenozoïque.

Localement, de manière dispersées, les géologues ont identifié des roches victimes de la gélifraction. C'est à dire fracturées, éclatées par la pression de l'eau qu'elles contenaient et qui transformée en glace a vu son volume augmenter de 10% et les a rompues. Bref, il gelait à pierre fendre!

Lors de celles-ci,  de faibles précipitations, en partie retenues sur les continents sous forme de glace, ont entraîné un abaissement considérable du niveau des océans, jusqu’à moins 100 (= cent) mètres sous le niveau actuel. La Loire se terminait à 150 km vers l’ouest de son estuaire actuel.

L’eau du fleuve, abondante, en l'absence d'évapotranspiration concurente, coulait plus vite, érodait les dépôts antérieurs, modelant les deux terrasses rencontrées lors de la promenade de découverte.

En surface celles-ci ont pu être amaincies puis rechargées. Celles de 2013 ne sont pas nécessairement celles de la première invasion de la Loire.

 

À Belleville, le lieu dit « les Lacs », grande étendue qui garde longtemps l’eau hivernale, correspond à ce que les géologues appellent une lentille, une zone remaniée par un recouvrement, un dépôt de matériaux peu perméables.

 

La blonde alanguie avec juste un peu de sable mouillé en été (Orléans, juillet 1870 : 5 m3/seconde) est aussi une maîtresse redoutée en automne du fait des pluies méditerranéennes, et au printemps, lors de  pluies mixtes, à la fois sur les Cévennes et sur le Limousin, augmentées par la  fonte des neiges hivernales ordinaires, et par le ruissellement sur les sols gelés, sans compter les périodes orageuses estivales (Orléans, juin 1856 : 8000 m3/seconde).

Les pluies cévennoles d'automne, abondantes en peu de temps, tombent sur un sol asséché par l'été et difficile à réhumecter, sur des zones rocheuses peu perméables, dans un milieu au relief pentu.

 

Toutes les conditions sont réunies pour provoquer un fort ruissellement, rus, ruisseaux deviennent rapidement des torrents puissants.

Un géographe dit de l'intrusion des eaux du bassin de la Vienne, qui draine le Limousin, qu'elles constituent en Loire un véritable barrage, opposé à l'écoulement des eaux d'amont.

 

Son trés faible débit en été s'explique par la rareté des pluies en amont, par l'absence de neiges éternelles sur le Massif Central, qui en fondant, libéreraient de l'eau et par ses rives sableuses qui conservent mal l'eau pour la restituer lentement et soutenir l'étiage. Le faible volume d'eau étalé sur la grande surface du lit mineur ne représente qu'une lame peu épaisse. Pour la navigation, elle impose des embarcation à faible tirant d'eau, de l'ordre de 1m.

 

Hors crues, elle est terrible en hiver quand les basses températures organisent l’embâcle à laquelle succède un redoux et la débâcle, le déplacement d'énormes glaçons. Si on ajoute les périodes de brouillard dense, les temps de vent violent, la durée du chomâge, de l'imposibilité de naviguer, varie entre la moitié et les 2/3 de l'année !

 

Démiurge et Léviathan, elle crée mais aussi dévore ses créations antérieures, îles, bancs de sable, comble ses mouilles (zones creuses), change le lit de son flot principal, abandonne des bras morts comme l’étang de la Forté (= Fortay, de forte aigue) lors des crues de 1633, puis de 1707, mais ramenés à la vie à chaque crue, rompt les digues (= levées) couvre les turcies=bateïs, des digues submersibles, provoque la détresse des riverains.

Lors d’une inéluctable grosse colère à venir, elle rappellera aux hommes le risque que l’on encourt à s’établir dans son lit majeur. Avant qu’ils ne l’oublient…les larmes couleront, le roi béton aussi…

 

 

Imaginons un instant un observateur campé prés  du fleuve depuis 3 millénaires ! Il aurait tout d’abord observé à proximité les caravanes d'animaux portant l'étain, puis la circulation d’embarcations monoxyles.

 

Ce sont des pirogues, creusées par l’outil et par le feu contrôlé, dans la masse d’un seul tronc d’arbre non débité en planches, fond plat, flancs verticaux, extrémités relevées. Certaines étaient munies d'un mât de traction, d'autres réunies à la manière de nos cata ou tri marants.

Dégagées des alluvions, on en a retrouvées à Bonny, à Chateauneuf sur Loire, et 50 dans la vase du Brivet prés de Saint-Nazaire! Cette technique de construction qui fournissait des bateaux pouvant atteindre exceptionellement 10m de longueur, a perduré jusqu'au moyen-âge, et voire sur l'Adour au XIX°.

 

Dans la documentation, sans développements, est signalé l'emploi de radeaux portés par des outres.

 

Quelques siècles plus tard, il se terrera à la vue des drakkars barrés par les vikings se dirigeant vers Léré. Quelques siècles encore et il distinguera sur le fleuve des bateaux toujours à faible tirant d’eau, à fond plat, sans quille, pour limiter les risques d'échouage, de la gabare de 30 x 5 m portant 50 tonnes, à la toue, de 5 tonnes de charge utile.

A Saint-Satur, en ce mois d'août 2015, l'épave ensablée découverte, devrait enrichir nos connaissances .

D'autres types d'embarcations parcouraient le fleuve, maquettes, dessins,  et peintures exposés au Musée de la Loire à Cosne, nous les présentent.

Au XI° siècle, 60 péages ponctuaient le voyage !

 

Portées par le courant à la descente, à la “ baisse “, parcourant jusqu'à 15 km par jour, grace à la pente naturelle du fleuve (45cm par km entre Briare et Orléans), poussées à la remonte par le vent de Galerne, de Nantes à, disons Orléans, là où le lit du fleuve suit une direction ouest-est, autorisant le souffle à exprimer sa force sur la voilure.

 

Dès la grande courbe, à contre courant, il faut hausser l’embarcation par halage, 40 hommes « à col » ou 4 paires de bœufs sont requis pour une gabare. Compter alors 4 à 5 mois pour relier Nantes à Digoin. Chemin de halage ( ancerée = ausserée = hausserée ) et levée figurent sur le cadastre napoléonien entre la Grande Glas et la Loire, d'une largeur de 18 pieds, soit 5,4 mètres. Il fallait régulièrement réduire la hauteur de la végétation rivulaire, pour ne pas entraver le passage du cordage de traction.

 

L'anecdote du perroquet vert illustre la durée nécessaire pour remonter le fleuve. Des religieuses de Nantes avaient offert à leurs soeurs de Nevers un perroquet.

Pour le convoyer, elles l'avaient confié à un équipage au parlé non châtié. Le temps du voyage a suffi au volatile pour maîtriser un vocabulaire qui n'a pas manqué de choquer les soeurs de Nevers.!!!

 

L'ingénieur de la navigation de la section de Loire qui nous intéresse, signale 6 240 bateaux en 1856, 32 en 1881, o en 1913, hormis quelques déplacements locaux, par exemple pour porter du sable extrait dans le lit du fleuve vers un port, situé à proximité.

Après 1835, quelques inexplosibles apparaissent, mûs par la vapeur.

 

Il ne faut pas omettre les trains de bois. Cela désigne un savant assemblage de bûches à brûler, ou de bois de charpente, réunis en un radeau de 75 X 4,5 X 0,5 m, soit 200 stères, à guider comme une embarcation.

 

Il en a été comptés 40 en 1881, finalement, 0 en 1913.

 

Fort de cet état de la navigation, périodiquement confrontée à des variations importantes du flot, il est aisé de comprendre qu’elle ne correspondait plus aux exigences de l’ère industrielle naissante puis affirmée.

Il fallait régulièrement recevoir des matières premières transformables et tout aussi régulièrement expédier les produits finis, consommables. On ne pouvait dépendre de la bonne volonté d’un fleuve fantasque. La route devenue carrossable, les canaux puis la voie ferrée répondaient à cette exigence.

 

Saint Nicolas le saint patron des mariniers de Loire a pris la poussière dans sa niche. Saint Roch choisi comme assurance complémentaire par les bateliers berrichons, entre Nevers et Gien, connaîtra un sort identique. Deux statues de ce dernier, sont visibles l'une dans la collégiale de Léré, l'autre au musée de Cosne.

 

L’agonie de la batelerie sera lente, terminé le balisage du courant principal, le hersage des hauts fonds pour augmenter le tirant d’eau, le déplacement, l’enlèvement des épaves, des souches, le maintien des chemins de halage, par des cantonniers-mariniers, un corps crée pour retarder l'issue fatale.

Finalement, l'entretien ne concernera plus que les protections, des ponts, des quais,  et des zones inondables. Ainsi, en 1913 et 1914, la digue Léré- Sury- Belleville sera réparée.

 

Orléans, le point le plus proche de la Seine, ne sera plus l’entrepôt de Paris sur la Loire, desservi en 3 jours par roulage à travers la Beauce. Le sel de basse Loire, 12 000 tonnes en 1848, les poissons de mer séchés, les produits étrangers, les importations depuis les tropiques, tel le sucre des Antilles (aprés le XVI°) ne remonteront plus le fleuve.

 

Pour information, les méandres de la Seine, depuis Le Havre vers Paris, interdisent la remontée grâce au vent, mais dés que les bateaux à vapeur seront fiables, l'impossibilité sera levée, en plus du halage, et Orléans continuera de péricliter.

 

Inversement les denrées issues de la Provence, de Méditerranée, du Levant n’emprunteront plus le Rhône ni les chemins à travers les monts du Lyonnais pour embarquer à Roanne et se laisser porter par le courant.

N'oublions pas les pierres à bâtir, le bois du Massif Central, le charbon du Forez, les fers du Nivernais, du Bourbonnais, les vins...

 

À Léré, par le port de la Madeleine, à Beaulieu, les bourgeois se passeront de citrons, d’amandes, des olives et de leur huile. Les canons du Creusot contre les vendéens ou en faveur des insurgés des futurs Etats Unis ne seront plus confiés au fleuve.

 

Les 32000 accostages aux quais de Roanne entre 1837 et 1851 entreront dans les statistiques historiques.

Les têtes couronnées tels Louis XI, Louis XII, Henri III, leurs proches, Catherine de Médicis, Richelieu, Mazarin, ne goûteront plus aux plaisirs de la croisière fluviale en coche d’eau. Il en sera de même pour la «  jet set  » d’alors, madame de Montespan ou de Sévigné. Une concession fut accordée en 1737 pour établir un service régulier de coches d'eau.

 

Les mariniers, bateliers, nautonniers, voituriers par eau, mercatores ligerii,  ne diront plus :                « si vilain sur terre, seigneur sur l’eau je suis. »

 

Au final, cette” épine dorsale du royaume”, « cette artère palpitante de la France »  “ ce fleuve inutile ! ” aura été navigué sans être vraiment  navigable. On comprend mieux son actuelle appellation de dernier fleuve sauvage d’Europe, mais en liberté surveillée par levées et barrages et toujours convoité par des aménageurs avides.

 

Pour conclure, je cite un extrait de la thèse d'Yves Babonaux : ….ce fleuve “ a 4 lits: un lit mineur au milieu des grèves, où il divague en période d'étiage, de mouille en mouille par-dessus des seuils de graviers et de rochers ; un lit apparent encadré par des berges qu'il n'atteint que lors des hautes eaux de saison froide, un lit majeur où il a roulé jadis des crues énormes et un lit artificiel crée par des digues et des levées et dont il n'est pas sorti depuis 1866. “

 

..........[.fin de la 1° partie, rendez-vous la semaine prochaine........

............lecteurs, je vous invite à noter vos impressions sur ces textes........]