L’EGLISE

 

 

Saint Martin de Tours en 373 remonte la Loire jusqu’à Nevers pour évangéliser les populations riveraines.Un peu plus tôt, à Bourges et dans le Bas Berry (l'actuelle Indre), Saint Ursin, mandaté par le Pape St Clément, était à la manoeuvre.

Dans un souci d'efficacité, ils répandaient la bonne parole en priorité dans les lieux densément peuplés, villes, foires, marchés. Ils évitaient de prêcher dans le désert !

 

Leur action sans doute reprise et amplifiée par des convertis, des prosélythes, fit qu’en 1164 une église dédiée à St Rémi est signalée à Belleville. Plus tôt, le 9 novembre 1136, depuis Pise, le pape Innocent II confirme à l’abbé de St Satur ses droits sur l’église de Belleville, indice de la réalité d’une paroisse. Dans le même sens, depuis Latran, en 1240, le pape Grégoire IX réaffirme aux chanoines réguliers de St Satur le bénéfice de la dîme du village. Mais ces textes ne fournissent aucune information sur l’emplacement de l’église en question ni sur ses bâtiments annexes, dont le presbytère, ni sur un éventuel cimetière accolé..

 

Les historiens considèrent que vers 1200, le maillage paroissial est constitué, donc Belleville est dans la norme. Par contre il serait interessant de savoir si l'édifice est établi sur une nécropole antique, ou sur un lieu de culte païen.

Observons qu'elle est parallèle à la rue de Berry, qui pourrait être une portion d'une limite de centuriation, entre la Maison de Loire et le hameau des Perdraux. Cette orientation particulière, ce parallélisme, est remarqué et signalé en plusieurs lieux par les spécialistes de cette période.

 

 

 

 

Pour information, que Saint Rémi ait baptisé le barbare Clovis au Noël de 497, est souvent considéré comme un exploit, un chef d'oeuvre de persuasion, de conversion. La  réalité est moins glorieuse, Clovis, fin politique, et sur les conseils de sa femme, a estimé qu'il valait mieux être chrétien que païen, pour nouer  des alliances !

En son temps, Henri IV, dira : “Paris vaut bien une messe”.

 

 

Pendant la guerre de 100 ans, elle fut partiellement démolie, reconstruite au 15ème siècle sur les ruines de l’ancienne peut-on lire.

Mais, sachant que non loin, dans le bourg, chez un particulier, dans une propriété privée, il existe une véritable cave maçonnée, pas un banal cellier à fleur de terre, et dont on dit qu'elle serait reliée au petit chateau par un souterrain, il est permi de penser qu'il s'agit   peut-être de la crypte de la 1° église.

Cela conforte l'idée de la présence d'une « maison forte », en rive droite du ruisseau et non pas en rive gauche où est l'actuel Petit Château. En effet comment à l'époque pouvait- on rendre étanche, une circulation sous un ru, un passage souterrain établi en terrain sableux, graveleux, perméable ?.

Par contre l'idée d'une liaison souterraine entre une éventuelle ancienne église et la fortification devient recevable, puisqu'il n'y a pas de zone humide à franchir.

 

En 1940, les vitraux en place, datant de 1878, ont été détruits, soufflés par une explosion, nous y reviendrons. Le maître verrier, Max Ingrand, alors bien connu et fort sollicité a posé ceux que nous connaissons aujourd'hui.

Selon moi, ils sont d'une admirable sobriété et parfaitement adaptés à un lieu de culte, n'étant pas un prétexte à la rêverie, ne détournant pas de la prière, même si on peut regretter qu'ils ne racontent pas l'histoire Sainte en bande dessinée coloriée.

 

Dans le même sens, la revue L'Art Sacré des années 1940/50 affirme “ Ce que l'église attend du vitrail … c'est de faire que la lumière du jour ne vienne pas troubler notre lumière intérieure, qu'elle vienne l'envelopper, la protéger, la favoriser, l'enrichir”.

 

Les murs extérieurs ont été couverts d'un crépis contemporain qui, heureusement, ne dissimule pas les traces de maçonneries anciennes, témoins d'ouvertures et d'usages antérieurs.

Mais bien que l'édifice ne soit pas classé par les Monuments Historiques, a-t-on invité un architecte à lire les messages portés par cet assemblage de pierres mis à nu par le décrépissage. Des manières particulières de travailler, des tours de mains des maçons, auraient pu être révélés. Ainsi on aurait pu connaître l'origine des pierres, des liants, et pourquoi pas trouver des éléments en remploi, prélevés sur des ruines gallo-romaines.

 

 

 

 

Quand le budget de construction est modeste, on privilégie l'emploi de matériaux locaux, carrières de Boulleret, de Beaulieu, de Santranges, voire d'Apremont et inversement, un financement important permet de s'approvisioner au loin, par un transport sur la Loire, toute proche.

 

Jacques Prévert disait que dans une église, « il y a toujours quelque chose qui cloche » , à ce propos, combien de cloches, coulées, où, quand, pour émettre quelle note, avec un décor, une dédicace, un blason ?

Le tocsin a-t-il résonné en 1914, en 1940 ? Quand Kléber Lasne, le sonneur, a-t-il été remplacé par l’électricité ?

Dispose-t-on d’un inventaire du mobilier cultuel, des vêtements sacerdotaux classiques ou précieux, indices d’un niveau de vie, connait-on les textiles qui les composent ?

 

Une carte postale ancienne montre un cimetière clos de murs, accolé à l’église côté sud, bien sûr. Cette tendance à placer les défunts au coeur de l'agglomération est apparue au plus tôt au XI° siecle, pour éviter que les vivants ne dérangent les morts , et inversement ! Au regard des dates, le cimetière paroissial pourrait remonter à cette époque.

 

On notera une certaine similitude entre la maçonnerie du mur et celle des fermes les plus proches. Quand a-t-il été déplacé là où il est aujourd’hui, en Conin, est-ce par réflexe hygiéniste ou pour ériger le monument aux morts de 14/18 ?

Que sont devenus les restes des tombeaux relevés, regroupés dans un ossuaire ? Quelques uns ont été oubliés sur place. Une pierre d’un monument funéraire servait de marchepied  pour atteindre la fente de la boite aux lettres, scellée dans le mur.

Lors de la réfection de la toiture du clocher, Maurice Poulain, le sympathique couvreur, un grand farceur, avait dégagé des ossements en creusant pour stabiliser son échafaudage.

Il lui est arrivé d’impressionner les enfants en tirant un os long de la manche de sa veste, en disant « ça vient de là… ».

 

A la fin des travaux, la dernière ardoise posée, fidèles à la tradition, Maurice et son ouvrier ont visité chaque maison pour présenter le nouveau coq, avant qu'il ne gagne son perchoir et ne se soumette au vent dominant. A sa queue, quelques rubans tricolores, je crois, étaient fixés, symbolisant l'alliance du monde laïque et de la sphère religieuse. En échange d'une pièce de monaie, on remettait au donateur quelques centimètres des rubans porte-bonheur.

 

 

 

 

 

 

Pour rester dans l’immobilier cultuel, après le prieuré, l’église, reste à évoquer la CURE.

Aujourd’hui place Jean Moulin, la commune disposait d’un vaste terrain. Les immeubles ont remplacé la mare (initialement creusée pour quel usage ?) et le jardin du garde champêtre. La maison de Mérence, la piqueuse, est devenue centre médical, cela va de soi ! On trouvait aussi l’école des grands, le local de l’alambic transformé en douches municipales.

Donc ce grand terrain, ces vastes bâtiments étaient désignés sous le nom de cure. La construction probable est antérieure à l’édit d’ avril 1699 qui dans les faits et malgré son ambition, a amené les communes à moins investir pour les prêtres. Le minimum exigé est devenu le lot commun, un peu comme si tous les salaires ne dépassait pas le SMIC. !

Comment se fait-il que ce lieu destiné aux curés soit si éloigné de l’église actuelle ? Enfin comment cet espace est-il entré dans le domaine communal, après la Révolution de 1789, lors de la vente des biens du clergé ?

 

Pour information, la province romaine Aquitaine, un temps a été le territoire de l'archevêque de Bourges ! Devenu diocèse, son administration passait par 9 archidiaconnés, 23 archiprêtes et 800 paroisses!

 

 

VIVRE sa RELIGION

 

*Les enterrements, moments graves, emprunts d’émotion, peuvent provoquer des réactions qui,  à postériori,  prêtent à sourire.

 

Une cérémonie funèbre, une messe, dans le chœur un participant qui mâchonne du pain béni, le prêtre prend la parole, tient des propos de circonstance, très classiques… « et un jour nos chers disparus, lors de la résurrection reviendront tous sur terre »…sur ces paroles, le participant dit assez fort pour que je l’entende « mais qui donc qui va les nourri « avant de porter un nouveau morceau de pain à sa bouche…sidération !

 

Autre circonstance, à Belleville le corbillard longtemps hippomobile a finalement été remplacé par un taxi, un véhicule classique, version familiale, très allongé. La galerie était couverte d’un drap noir et les cordons pendaient de chaque côté, tenus par les porteurs.

Mais quand le conducteur « passait une vitesse supérieure », l’accélération provoquée obligeait les porteurs à courir ! Etonnant !

 

Enfin, j’entends les propos de l’un des porteurs à son retour. Pour la cérémonie, il avait sorti son costume du dimanche et soigneusement astiqué ses chaussures.

 

Or quand un véhicule croisait le convoi funèbre, le conducteur du corbillard « serrait » à droite, obligeant les porteurs à marcher sur l’accotement, dans l’herbe mouillée de pluie ou de rosée et là où les chiens déposaient leur crotte…

 

*Concernant la religion catholique romaine dominante, signalons les rogations, 3 jours avant la fête de l’Ascension. Le mot vient du latin rogario, qui signifie prière de demande.

Après la bénédiction des animaux réunis sur le parvis, la procession, curé, enfants de chœur, croyants pratiquants, partaient de l’église pour rejoindre les croix éponymes. Situées,  l’une en haut de la rue des Mardelles,  l’autre dite Ezard  sur la pointe face à la rampe à bateaux, la troisième implantée à l'extrémité de la rue du Champ Potot, prés du puits public,(une carte postale en révèle 2, l'une inclinée en bois, l'autre en métal)  la dernière face à la « Petite Glas », la Maison de Loire actuelle. Marquaient-elles symboliquement les limites de la paroisse ?

 

Face à la « Petite Glas », Philippe Rézard avait planté un tilleul pour valoriser le site. Lors de la création de la route venant du pont de Loire, il a été arraché, la croix entreposée au cimetière, plus tard, des tilleuls et la croix ont été réimplantés,dans le jardin de la Maison de Loire.

 

A propos de la croix Ezard figurant au cadastre, le lieu était aussi couramment désigné par  “la croisée d'or “ était-ce un lieu qui rapportait de l'or, un octroi pour le village ou au bénéfice d'un chevalier partant en croisade, un croisé tel Jean III, comte de Sancerre ?

 

Éloignées les unes des autres, visitait-on les 4 croix le même jour, ou une par année ?

Au cours de la marche, à la demande de l’agriculteur soucieux de sa récolte, on s’arrêtait pour prier et jeter une croix de paille tressée dans la parcelle désignée. A la moisson, le faucheur qui trouvait la croix était célébré, Dieu remercié…

 

Ce parcours pourrait devenir celui d'un chemin de randonnée,et aussi un bon prétexe pour ne pas ignorer le petit patrimoine rural local...