ET APRES LE DEPART DES ROMAINS ?

 

 

Une fois les romains installés, la « Pax Romana », la paix romaine a régné et a permi l’épanouissement de la société que l’on sait, villes nouvelles ou renouvelées, architecture urbaine développée, routes, échanges favorisés, administration forte, culte…

Après + 400, le bel édifice a dû supporter à la frontière Est, la pression des non romanisés, étrangers à la culture romaine, les barbares. Il s’est fissuré, quelques groupes ont été associés à la défense de l'Empire, puis le flot s’est répandu en nappes successives.

Francs, Burgondes, Goths, Vandales, Alamans, Huns, Alains, Wisigoths…ont déferlé, repoussant les populations installées qui elles-même en déplaçaient d’autres. Le XXème siècle et le nôtre naissant fournissent trop d’exemples de la détresse humaine liée à ces exodes.

Certes les gens de l’Est ne se sont pas donné rendez-vous à Belleville, mais que reste-t-il des bituriges romanisés dans cet immense brassage ? A priori la consanguinité n’était guère à redouter !

 

Charlemagne, en nommant des comtes à la tête des comtés, calme le jeu du « pousse toi de là que je m’y mette ».

 

Finalement après l’arrivée des hongrois (935) la défense collective autour de fortes personnalités, en des lieux fortifiés, même sommairement telles les mottes palissadées initie ce qui deviendra la féodalité. Là on retrouve Belleville avec le grand château-prieuré et le petit.

 

Au carrefour né de la rencontre de 4 voies, à savoir, la rue du stade, prolongée par la route de Santranges, qui escalade de la côte des « Grands Chailloux » et de la rue du Vivier, laquelle se poursuit, en face,  rectiligne, par la rue du Prieuré vers le hameau du Pâtis ,se situe le Grand-Château dit Prieuré.

 

Un prieuré est une »succursale », un lieu subordonné à une abbaye (laquelle , Saint-Satur ? de quel ordre, Cluny, Cîteaux, Grandmont... ?) pour évangéliser, affirmer la foi chrétienne dans une contrée.

 

Les moines agriculteurs ont existé ; travailler la terre et ses produits rapproche du commun des mortels.

Dans la presse , les propriétaires actuels situent sa création au XV° siècle.

 

Le Grand-Château, deuxième nom du lieu, propriété privée, se laisse découvrir depuis la route, à travers le portail, et via les cartes postales anciennes, pour respecter la quiétude des occupants.

 

*L'appellation Grand Château est discutable au regard de notre patrimoine national, mais se justifie localement, par comparaison avec le Petit, prés du bourg.

 

J'observe qu'il ne se situe pas en zone frontalière, en limite territoriale d'importance, qu'il ne couronne pas un promontoire élevé, pour voir au loin,  qu'il n'est pas en un lieu escarpé contrariant l'approche de soldats à pied et celle des machines de siège. Enfin, il ne présente pas de fortifications, murailles, tours, donjon, alors que des douves l'entourent.

Il ne correspond pas à l'archétype du château fort vu par « playmobile »ou »Walt Disney » !!!

 

*Les douves se remplissent grâce à l'eau venue des coteaux. Eau de la source qui alimente aussi le lavoir public, oublié,  du bas de la rue des Mardelles, enrichie par le lexiviat, les jus de l'ancienne très officielle décharge communale. Eau de ruissellement concentrée dans la ravine comprise entre les rues des Mardelles et de Santranges, un bassin versant actif depuis le hameau des Carrés.

 

*A l'intérieur du quadrilatère  des fossés, plusieurs bâtiments sont réunis.

 

Au nord, une longue construction, dont une partie est dotée d'un étage couronné de nombreuses cheminées, probablement un vaste logement. Entre celui-ci et la douve nord, le cadastre révèle une parcelle nue, quel en a été l'usage ? un potager à l'ombre de la haute maison, un cimetière réservé aux moines, face au nord ?

 

Devant, côté sud, est une chapelle à la porte en ogive.Le décor intérieur en  a été repris par les précédents propriétaires, en particulier un chemin de croix, et le crucifix de l'autel.

Face à celle-ci, côté Est, un colombier domine, lucarne d'envol ouverte au soleil levant, pour éviter que les oiseaux ne »traînent au nid » et pour les rendre très vite actifs.

Pour empêcher les rats, les petits carnassiers de grimper jusqu'au toit et de pénétrer, le bâtiment est ceinturé aux ¾ de sa hauteur, par une corniche en saillie. Comme la porte du bas est parfaitement close, les résidents jouissaient de la quiétude des lieux. Son linteau est-il blasonné ?

 

Ce pigeonnier, dit colombier ou fuÿe = fuie, abritait donc les pigeons. Il est cylindrique, cela désigne un fief de premier ordre. Si sa base avait été carrée, cela aurait signalé un fief de second ordre.

La face intérieure du mur de ces édifices, est couverte de boulins, des nids maçonnés, chacun accueillant un couple de pigeons. Sachant qu'à un boulin, correspond un territoire agricole d'environ un demi hectare, quelle est la surface de la ferme associée ?

 

Pour information, si un propriétaire voulait impressionner et duper un visiteur par l'étendue supposée de son domaine, il établissait des boulins jamais habités qui ne correspondaient à aucun champ. On disait alors du visiteur trompé qu'il s'était «  fait pigeonner » 

 

L'accès aux boulins était fort ingénieux. Au centre, entre le sol et la charpente du toit, un poteau garni de longues équerres,  supportait à l'extrémité de celles ci,  une échelle

qui, lors de la rotation de l'assemblage, rasait le mur intérieur, plaçant  les boulins à portée de main.

Ces oiseaux étaient élevés à deux fins.

D'abord la production de viande, celle des pigeonneaux sacrifiés à 4 ou 5 semaines. Leur chair épurée, puisque leurs parents flirtaient avec les anges dans les nuages, et convoyaient les âmes vers l'univers céleste, convenait au palais des puissants. Ce n'était pas de la vieille carne aux relents de glèbe !

Naturellement les pigeons nouveaux nés, étaient alimentés au lait de jabot = lait de pigeon, une sécrétion du tube digestif des adultes, avant d'imiter les parents à l'extérieur.

La seconde raison, moins poétique, est la fourniture de colombine, de fiente, une sorte de guano continental, très riche en azote, convoité pour la fertilisation des cultures.

 

Ces volatiles, les parents et les jeunes issus de 2 à 3 couvées annuelles se nourrissaient gratuitement dans les champs alentour, prélevant leur part, lors des semis et lors de la moisson. Donc il fallait semer plus dru et soustraire à la consommation humaine plus de grains à disperser, et la récolte était diminuée. Les impôts en nature, tel le champart, versés aux propriétaires de colombiers, en pâtissaient, cercle vicieux.

Cette pratique n'a pas survécu à la nuit du 4 août 1789, à l'abolition des droits féodaux et des privilèges.

 

*Cap au sud, quittons le château pour rejoindre le hameau du Pâtis, distant de 500 mètres par une voie rectiligne.                                                                                                             

 

 

 

 

A gauche, côté Est, la terrasse haute, née de la Loire, offre sa  platitude de terres sableuses, graveleuses, agronomiquement médiocres, mais dés l'antiquité, faciles à travailler avec une araire ou une charrue légère à roues, bien qu' un peu humides en hiver.

En été, incapables de conserver l'eau, la végétation est alors facilement réduite à un paillasson.

 

Depuis cette route, le cadastre de 1810 indique un chemin perpendiculaire, embroussaillé dans les années 1950-70, inutilisé alors. Il desservait les parcelles dites les Lacs et les Prêles Communes (d'anciens communaux?). Au printemps, la cardamine des prés, favorisée par l'humidité des lieux n'était pas avare dans sa floraison mauve. A l'automne, le colchique la remplaçait, en compagnie de champignons dits boule de neige. En permanence, la prêle des champs ( = Equisetum arvense ), la queue de r'na = de renard , confirmait l'acidité des sols.

 

A droite, côté du couchant, la base des coteaux, légèrement pentue offre une terre plus lourde, plus argileuse .Le cadastre, encore lui, présente des lisières de parcelles alignées sur la limite ouest du prieuré, un peu comme si le quadrilatère formé par les douves se prolongeait par un long rectangle incluant le  hameau du Pâtis.

 

Dans la Revue Archéologique de l'Est ( 59-2/ 2010), un article a pour thème : « Les grandes villae à pavillons multiples alignés, dans les provinces des Gaules... » 

A une extrémité, la partie résidentielle (pars urbana) avec des bâtiments en maçonnerie, développe devant elle « une vaste cour rectangulaire allongée, bordée régulièrement sur ses longs côtés, par une impressionnante série de pavillons »( = bâtiments agricoles, la pars rustica), établis en matériaux périssables, bois et torchis, couverture de paille.

 

A Levet dans le Cher, l'une d'elles a été explorée, 16 ha et 600 m de longueur. Cela pourrait être le cas à Belleville.

Cela expliquerait le nom attribué à un lieu dit, situé à proximité du Pâtis, vers le Sud, les « Champs de Devant »,  devant quoi ? devant un site remarquable , servant de référence.

Prenons aussi en compte la parcelle dite « Varennes », nom à rapprocher de garenne et aussi le lieu dit les « Coutures » qui désignerait un terrain en friche après avoir été cultivé, où le gibier abonde.

 

Poursuivons la découverte des approches du Prieuré, dans le sens des aiguilles d'une montre, maintenant, du sud vers le nord.

 

 

 

 

Les «Mardelles », désignent selon les auteurs soit un fond de cabane gauloise, soit un accident géologique. Cette rue posée sur un sous sol calcaire truffé de cavités nées de la dissolution de la roche par l'eau chargée de gaz carbonique dissout, l'acide carbonique, a pu connaître un effondrement localisé, à l'origine d'un soutirage des terres de surface vers les profondeurs. Les géologues parlent alors de doline. L'argile à silex, dans son rapport avec la circulation de l'eau est comparable à celle d'un karst.

 

Que des hommes aient mis en valeur cette surface horizontale incluse dans la pente est classique, tel feu Henri Bourdain qui lui, y avait implanté son potager.

 

La rue des « Garennes » doit probablement son nom à ce que nous appelons une réserve de chasse, hébergeant une forte densité de gibier, de sauvagine, mais avec la pratique de cette même chasse. Les expressions varennes, parc à gibier, sont très voisines, leur présence prés d'un château ou d'un prieuré est fréquente.

 

Pour information, ce sont des moines qui ont inventé les clapiers, pour encelluler les lapins de garenne, à l'image de leur propre hébergement !

 

La rue du « vivier », récemment encore, cette voie et le hameau qu'elle dessert étaient désignés par l' arabe .

Ordinairement, on explique cette dénomination par la prononciation berrichonne de l'érable. Pour qu'un arbre ait ainsi laissé sa trace, il fallait qu'il soit remarquable, par sa dimension, son port extraordinaire ; ou bien, son couvert abritait une cérémonie païenne, ou encore, lors d'un conflit il pouvait avoir servi de gibet collectif et marqué les esprits.

 

Il existe une autre piste quant à l'origine du nom. Dans le bulletin de la « société historique de l'Orléanais » publié en 1908, il est fait mention à Senely (45240), au château de la Turpinière de « la maison, la famille de l'Arabe,  illustre tant par son antiquité et ses alliances...parmi ses ancêtres....comtes de Sancerre et de Fiesque, dont le premier était du sang royal des Valois (1328-1589), et l'autre était prince dans la république de Gênes... » Que cette famille de L'Arabe = La Rable = L'Arable se soit alliée à celle du prieuré et y ait laissé son nom, ne serait pas étonnant.

Historiquement, pour désigner les habitants de l'Arabie, de l'Afrique du Nord, les arabes, ont parlait plutôt de maures ou de sarrasins.

 

Prés du « Petit Château », à plus de 500m au Nord Est, un pré est dit de l'Arabe. Il donne une idée de l'étendue de la ferme.

Pour parler de manière « politiquement correcte » la rue de de l'Arabe a été débaptisée, et est devenue la rue du Vivier. Notons qu'en France, les passages, ruelles, dits aux juifs ne sont pas rares.

 

 

Un vivier = vivarium, est un bassin, souvent maçonné, rempli d'un volume d'eau captive où les poissons capturés ailleurs sont mis en attente de consommation. Il ne s'agit pas d'un grenouillat, d'un étang. Lorsque le poisson n'était pas séché, salé, fumé ou immergé dans une saumure, il devait être « tué vivant ».

Sur l'ancien cadastre, le long de cette rue, une tache bleue nettement rectangulaire est représentée. Elle n'est pas comme les mares, de forme arrondie, organique. Cela désigne un vivier.

 

Les photos aériennes réalisées par l'Institut Géographique National = IGN, laissent percevoir cette forme, face à l'ancienne ferme Poulain. Cela n'informe pas quant à l'origine de l'eau de remplissage...peut être une retenue au nord-ouest ?

 

Le vivier de l'abbaye du Landais ( Indre ) a été exploré, il mesurait 40 X 7m, contenait des carapaces de tortue, la cistude d'Europe, abondante dans la Brenne voisine et des coquilles de moules de rivière, en plus des restes de classiques poissons d'eau douce, y compris ceux des migrateurs.                     

 

Les religieux consommaient souvent du poisson, ils mangeaient maigre entre un quart  et la moitié de l'année, selon les lieux et le degré de piété. En effet, le »poisson, à sang froid et peu abondant est synonyme de pénitence, de mortification » à la différence des animaux terrestres au corps irrigué par un sang chaud, qui   »échaufferait notre sensualité et mettrait notre chair dans la fournaise de la paillardise » !

 

Pour peupler ce vivier, prélevait-on dans une pisciculture établie dans une mare de Dordon,(hameau situé entre les Garennes et le Vivier) dans les douves ou dans la Loire, avec barrage en piquets de bois, claies et filets ?

Les archéologues pratiquant la recherche subaquatique ont trouvé bien des vestiges de pêcheries dans le fleuve,ainsi à Mesves, au bénéfice  de St Satur et de la Charité, parfois dans les « trous », les canches, les boires, plus accessibles. Il restait alors à placer les poissons dans des tonneaux défoncés à une extrémité, et  remplis d'eau pour les remonter au vivier.

Pour information, l'élevage des carpes, surtout en étang ne remonterait qu'au XIII° siècle et aurait explosé au XIV°.

 

*Au terme du parcours en boucle autour du Prieuré / Grand Château, j'émets l'hypothèse que ce site a été parcouru par des chasseurs-cueilleurs, mobiles et difficilement traçables, puis, que des sédentaires s'y sont établis un temps.

Que les (gallo)romains ont pu apprécier le contact entre 2 types de sol dont l'un est facile à déboiser, à travailler, 2 terroirs au relief différent, proches d'une grande voie (Orléans / Sancerre) et d'une garnison aux « Germains », dans un pays centurié.

 

 

 

Que là, ils ont établi un lieu de vie, fossoyé, dont la partie maçonnée, à l'intérieur des fossés, a fourni ultérieurement des matériaux pour des créations évoluant au rythme des avatars de l'histoire.Y a-t-il eu continuité d'occupation des lieux ?

Belle Ville, est-ce là ta Bella Villa ?

[ Avis de Recherche]....................