LA VIGNE

 

 

La vigne ( Vitis vinifera ) destinée à produire du vin et non pas des fruits comestibles, du raisin de table, a été introduite en France par les grecs de Marseille, les phocéens, vers - 500. Progressivement elle a gagné les régions situées plus au nord.

 

Columelle et Pline l'Ancien, au I° siecle aprés JC font état d'un cépage, le biturica ou biturigiaca autour de Bourges.

Question de vocabulaire, y a t-il un lien entre le nom de la variété et la biture, l'ivresse  ?

Les archéologues ont fouillé à Saint Martin des Champs, dans cette même localité. Ils ont découvert un site de la même époque où des fosses de plantation et des  tranchées, ouvertes pour recevoir les rameaux longs de la vigne et favoriser l'apparition de racines adventives sont présentes. S'agit-il d'une technique de pépinière, de multiplication des plantes à replanter ailleurs, le marcottage où d'un mode de conduite particulier de la vigne ?

Une découverte identique a eu lieu, en Loiret à Beaune la Rolande, sur le tracé de l'autoroute A 19, par une équipe de l'Institut National de Recherche Archéologique Préventive (INRAP) qui procède à des sondages avant les travaux.

Belleville est situé entre ces deux sites fouillés, il serait étonnant qu'à terme il ait ignoré la viticulture.

 

La généralisation du christianisme pour lequel le vin est nécessaire au culte, le blanc qui ne tache pas les toiles comme le gros rouge, a été déterminante dans la diffusion de la viticulture, est-ce vérifié pour notre prieuré ?

Au XVIème siècle, la vigne s’épanouissait le long de l’arc de Loire de Nevers à Tours.

 

A Belleville il ne semble pas qu’il y ait eu des viticulteurs professionnels vivant de la seule activité de viticulture et d’œnologie, à la différence de Sury ou de Beaulieu. La plupart des foyers possédait quelques rangs de vigne = perchés = parchés, implantés de préférence sur les coteaux, côte des Grands Chailloux, rue des Mardelles, Champs de Devant, complantés de quelques pêchers, de manière à satisfaire la consommation familiale. Parfois en plus du rouge de base était produit du vin blanc, voire du gris.

 

 

 

Brusquement, à partir de 1865, la maladie des feuilles sèches, le phylloxéra, apparaît vers Marseille et Bordeaux avant de gagner tout le vignoble français.

 

Le responsable est un insecte, un puceron, importé des U.S.A. sur des pieds de vigne d’outre atlantique, des hybrides 100% américains, testés chez nous, tel le cépage Clinton. Pour faire simple, certains de ces pucerons s’installent sur les racines, grâce à leur organe piqueur-suceur, comparable à une seringue, ils transpercent l’écorce de la racine et pompent la sève, pour se nourir. Sur la plante, des feuilles (phyllo) mal alimentées sèchent (xéra) et ne participent plus à la photosynthèse.

 

 

 

Ajoutons à cela, l’apparition de blessures, de nécroses sur les radicelles qui ne peuvent plus envoyer de sève brute vers les parties supérieures.La plante est condamnée en 2, 3 ans.

 

Pendant son cycle de vie, le puceron engendre des générations ailées qui, portées par le vent peuvent parcourir annuellement 15 km, dispersion assurée !!!

 

 

 

Pour réagir, il a fallu identifier le responsable, ce qui n’était pas évident. Divers moyens de lutte des plus sérieux aux plus farfelus ont été testés et utilisés. “Il n'y a de salut que dans l'arrachage”, suivi d'un brûlage, disait-on. Dans les années 1980, la lutte contre le feu bactérien dans les vergers, reprendra cette méthode radicale.

 

 

 

Des agronomes se sont rendus aux U.S.A. pour étudier les vignes natives et leurs hybrides. Ils ont découvert que les racines de celles-ci avaient une écorce plus dure et plus épaisse que celle de nos cépages et surtout qu’elles cicatrisaient vite en cas de piqure.

 

Vint l’idée de greffer nos cépages sur des porte-greffes (plants racinés) américains, avec le risque assumé mais faible d’altérer le goût du vin.

 

 

 

Autre piste, créer des hybrides, des croisements sexués entre les vignes françaises et américaines.

 

Travail de longue haleine auquel se sont attelés messieurs Sebel et Baco. Ont été obtenus des plants = producteurs directs le plus souvent désignés par un numéro tels 54.55, 70.53, 4986 (= rayon d’or) et aussi Oberlin 595, gaillard…Tous ces plants directs, y compris quelques  américains (Noha, Othello, Isabelle…) dominaient lors de la replantation du vignoble local.

 

 

[ Avis de Recherche ] Aprés le fléau, la vigne a été replantée comme nous la connaissons aujourd'hui, laissant entre les rangs le passage à un cheval tirant une bineuse, simplement, le fil de fer étant  alors rare, chaque pied était fixé à un tuteur,  le charnier, par des liens d'osier. Ceux-là étaient obtenus en fendant une pousse de châtaignier, bois nerveux, en passant par le centre pour disposer de bois de coeur, trés résistant à la pourriture. Mais avant, était-elle  plantée serrée, en “foule”?

 

C'est vraissemblable. Si on consulte les traités d'agronomie du XVIII°, tel celui de Bidet (1759). Il y est conseillé de planter en quinconce, à 3 pieds de distance, (33 cm X 3 ) tout en sachant que ce bel ordonnancement, deviendra rapidement anarchique à cause du provignage = marcottage. Coucher dans une tranchée un rameau long, maintenu,   relevé à son extrémité par un tuteur, favorise l'apparition de nouvelles racines capables d'alimenter le nouveau pied, et ainsi d' augmenter la production, ou de remplacer un cep mort. Cela impose un entretien manuel du sol.

 

Comme on pouvait  conduire ces  rameaux en hauteur, palissés sur des perches inclinées ou horizontales, on trouverait là l'origine du mot perché, pour désigner un rang.

 

Ces plants hybrides, se multiplient par bouture de bois sec, c’est-à-dire en hiver, sans feuilles, opération à la portée de tous. Il produisait un agréable vin de table, à boire jeune, « qui faisait des centenaires à ne plus que savoir en faire… »

Pendant la crise, le vin devenant denrée rare, les bellevillois ont du changer leurs habitudes alimentaires, revenir à l’eau claire, à la frênette, aux jus fermentés de pommes, poires, cormes…

A Sancerre, où des familles ne tiraient plus leurs revenus de la vente du vin, l’idée de développer la production de fromage de chèvre est née. C’est là l’origine de la vente du crottin…

Dans le département du Cher, de 12 500 hectares de vigne vers 1850, on est tombé à environ 3 500 hectares vers les années 1890 à cause de l’insecte.

 

Pour information, la Société Pomologique du Berry de Neuvy-Saint-Sépulchre (Indre), possède une vigne conservatoire, riche de plus de 100 de ces cépages hybrides.

 

Dans le midi de la France, à Montpellier, Narbonne, Béziers….la crise née  de la mévente du vin a connu un paroxysme  en 1907, énormes manifestations de producteurs, violences, morts, mutinerie du 17° régiment d’infanterie ….

 

Clémenceau, ministre de l’intérieur, réagit et demande à Caillaux, alors aux finances, de promulguer une loi qui sera votée dans la foulée. En complément du texte de 1905, destiné à garantir aux producteurs et vendeurs les conditions d'une concurrence loyale, d'un « commerce honnête »  conforme au dogme libéral,

 

 

elle stipule la déclaration annuelle, de la récolte et de la surface cultivée, elle interdit le sucrage et impose le contrôle des achats de sucre.

En novembre est créé le service de la répression des fraudes, une « police des choses » afin de mettre la science du côté de la loi.

Officiellement à Belleville, plus de vin de sucre, la chaptalisation est interdite! ???

 

Après la crise du phylloxéra, la vigne connaîtra un nouvel épisode difficile d’ordre réglementaire cette fois.

L’un des cépages blancs américains, le Noha, une perle rare , débourrant tard après les gelées printannières, résistant aux maladies cryptogamiques (champignons), induisant une économie de matériel, de main d’œuvre, de pesticide, fructifiant en abondance, livrant un haut degré alcoolique, était bien représenté à Belleville, bien qu'il ait tendance à perdre ses grains lors de la cueillette.

On lui a reproché de fournir un vin trop riche en alcool méthylique, voisin de l’éthanol qui rendait fou et aveugle. Seuls les trop gros consommateurs en étaient victimes.

Les mauvaises langues ou plutôt les esprits avisés, je crois, ont affirmé que les parlementaires qui ont imposé son arrachage sous prétexte de santé publique vivaient fort bien de l’importation de vin d’Algérie alors française, de la vente de pesticides, et étaient animés par des soucis de politique politicienne.

 

Un premier texte a été publié en 1934, d'une efficacité relative, puisqu'il en restait de vastes surfaces. Trop, c'est trop, Valéry Giscard d'Estaing alors aux finances, en 1960 augmente considérablement le montant de l'amende et provoque l'arrachage généralisé de ce cépage.

Concomitant du remembrement, qui  cependant, avait prévu le cas particulier des vignes, ce texte a largement contribué à réduire notre vignoble local.

 

Les images d’Epinal célébrant les vendanges correspondent bien à cet évènement, si la récolte est bonne, si la météo est favorable, si on oublie tous les soins que la vigne exige pendant l’année, si on n’envisage pas le suivi de la vinification, si on n’anticipe pas quant aux sciatiques et lombalgies à venir…

Il est vrai que le pique-nique du midi à la vigne puis le souper autour du coq réservé pour ce soir là, sacrifié, immergé dans le vin d'une marinade, sont de délicieux moments.

 

Un autre temps mémorable est la distillation du marc de raisin. Pour un enfant, cela revenait à être autorisé à pénétrer chez Merlin l’enchanteur, chez celui dont parlaient les grands, chez celui qui crée un élixir convoité.

En fin de journée, à la cure, où son atelier était installé, on livrait les tonneaux lourds de marc, à transmuter le lendemain. En pénétrant dans le local de l’alambic, tous les sens étaient sollicités, la vue par cette chaude lumière ocre née du feu, du cuivre de l'alambic et du soleil déclinant.

 

 

Le nez était saisi mais pas séduit par l’odeur des fruits en mutation (raisin, prunes…) et par celle pointue de l’alcool primeur. Enfin, une douce chaleur nous enveloppait.

L’alchimiste ce jour là était curieusement maquillé, de ses mains noircies par les manipulations diverses, il avait dû essuyer la sueur de son visage, en était né un fascinant masque de sorcier.

 

Bref, cet homme, le distillateur, transformait en alcool les fruits fermentés des bouilleurs de cru, ceux qui étaient habilités à produite leur propre eau de vie, du fait de la possession de vigne ou de fruitiers.

Le lendemain  soir, dans la nuit noire, poussant les brouettes chargées de bombonnes, surgissaient les livreurs du précieux distillat. Avec leurs airs de conspirateurs, si Bosch ou Goya les avait rencontrés, il les aurait retenus pour modèles.

 

Enfin, quelques personnes abusaient des produits de la vigne, et se plaçaient hors de notre monde. On disait alors d’elles, qu’elles s’étaient retirées pour une neuvaine !

 

[ Avis de Recherche] ni les services de la viticulture de Bourges, ni celui des douanes d'Orléans, aujourd'hui en charge de cette question, n'ont pu me fournir d'indications sur la viticulture locale, en 1910, 1950, 2000, pour connaître son évolution.. Pourtant les archives doivent bien être conservées quelque part !!!